Comment une école de centre-ville intègre le Calendrier Panoramique sur 6 ans
Aujourd’hui, en ville, beaucoup d’enfants vivent en appartement, sans jardin. Comment les reconnecter à la nature ? C’est la question qui anime aujourd’hui le Collège Sainte-Marie de Mouscron, une école de centre-ville — et j’ai la chance de les accompagner dans cette aventure.
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| Vue depuis le premier étage : la cour, le jardin, et les maisons du quartier au-delà des murs. | Au niveau des enfants : la nature ramenée au cœur d’une école de centre-ville. |
Lors d’une présentation du calendrier panoramique chez une amie, j’ai eu la joie de rencontrer Justine, institutrice en première primaire au CSM. Grâce à elle, quelques semaines plus tard, je me rendais dans son école pour rencontrer toutes ses collègues — soit une vingtaine d’institutrices — ainsi que leur directrice, passionnée et très investie : Anne-Sophie Renard.
Ce jour-là, je n’avais aucune idée de l’endroit où je me rendais. J’avais l’habitude des petites écoles de village, qui étaient pour moi la norme. Mais là-bas, nous étions en plein centre-ville, avec trois classes par niveau et plus de 700 élèves. Je m’attendais à rencontrer quatre ou cinq personnes. C’était le jour de la réunion d’équipe, et la salle était pleine. Je me suis sentie assez intimidée — c’était la première fois que je me retrouvais devant un si grand public de professionnels de l’enfance.
Je leur ai présenté Une année dans le potager, le prototype des cartes devinettes, et les ateliers créatifs Ensemble dessinons le potager et Ensemble dessinons la forêt.
Dès la fin de la présentation, Anne-Sophie m’a félicitée et dit simplement : « Nous allons vous soutenir. Nous sommes avec vous. » Elles comme moi, nous ne savions pas encore exactement ce que nous allions mettre en place ensemble. Mais pour commencer, il a été décidé que chaque institutrice aurait son propre calendrier panoramique pour sa classe.
Quelques semaines plus tard, je démarrais mes premiers ateliers en classe, avec les enfants de première primaire (CP).
Les premiers ateliers : apprendre à me lancer
Je ne suis pas institutrice. Je n’avais pas encore l’habitude de si grands groupes d’enfants. Alors, pour me faciliter la tâche et être plus disponible pour chacun, j’ai proposé de travailler avec un demi-groupe à la fois — une douzaine d’enfants pendant 45 minutes. Pendant que je m’occupais de la première moitié, mon amie Caro, excellente animatrice et guide nature, a accepté de m’accompagner pour animer l’autre groupe avec une activité complémentaire sur le même thème.
J’ai commencé par présenter le calendrier panoramique, puis chaque enfant a placé sa petite étiquette-photo à sa date d’anniversaire. Chacun découvrait ainsi sa position dans l’année, dans les saisons, et repérait celle de ses camarades. Un moment simple, mais qui crée déjà un vrai lien avec le temps qui passe.
Lire aussi : Comment situer les anniversaires sur le calendrier
Une école qui se met en mouvement
Lors d’une réunion suivante, l’équipe nous a annoncé que le thème des portes ouvertes d’avril serait les quatre saisons. Chaque institutrice était invitée à choisir une activité à mettre en place avec sa classe, en s’inspirant des deux calendriers panoramiques.
Les trois institutrices de première maternelle ont démarré sur les chapeaux de roues. Elles souhaitaient créer des carrés potagers avec leurs élèves de trois ans.
Janvier. Les carrés potagers viennent d’être installés. Les fruitiers n’ont pas encore de feuilles.
Dès la rentrée de janvier, trois matinées complètes ont été organisées pour installer deux carrés potagers par classe. Des matinées magiques, pour eux comme pour nous.
Les enfants avancent dans le jardin avec leurs brouettes — la journée potager démarre.
Les enfants étaient si heureux d’être dehors, d’avoir le droit de se salir, de jouer avec la terre et les petites brouettes. Ils étaient complètement dans leur élément.
Quelques heures plus tard — les enfants ont pris leurs marques, outils en main, copeaux à disposer autour des carrés.
Le Calendrier Panoramique au mur, les bacs à semis au sol — les deux se répondent. Caro, Madame Margot et une autre institutrice notent les noms des graines.
Au mois de février, c’était au tour des deuxièmes primaires (CE1). L’institutrice Madame Caroline souhaitait faire découvrir les mésanges à sa classe. Avec Caro guide-nature, nous avons proposé une journée complète dédiée à ce thème, avec au programme :
- la fabrication d’un nichoir à mésange,
- un atelier aquarelle,
- un atelier découpage-collage pour personnaliser le nichoir.
Dans la salle de bricolage de l’école : l’institutrice Caroline accompagne les enfants dans l’assemblage des nichoirs.
Visser à la perceuse — les enfants découvrent le geste technique, la main sûre sur l’outil.
Les nichoirs assemblés, place à la décoration — atelier créatif en petit groupe.
Ce jour-là, les enfants ont vissé, assemblé, découpé, collé, peint. Ils étaient enthousiastes et ravis de rentrer chez eux avec leurs créations à installer sur leur terrasse, dans l’espoir d’accueillir une nichée de mésanges charbonnières.
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| Quinze nichoirs, quinze histoires — prêts à repartir chez les enfants. | Chaque enfant rentre chez lui avec son propre nichoir à mésange. |
Les prochains rendez-vous étaient déjà pris : en mars, pour découvrir les mammifères et faire les premiers semis et plantations dans le jardin des maternelles.
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| Le collage du cerf — l’enfant et son œuvre. | Le renard prend forme — concentration pleine d’intention. |
Ce que la directrice a vu
Ce qui m’a frappée en arrivant dans cette école, c’est que nous partageons les mêmes valeurs fondamentales. Une cantine avec des produits locaux frais cuisinés chaque jour sur place. Des arbres plantés dans la cour bétonnée. Des zones engazonnées créées pour les maternelles. Une équipe qui cherche, depuis des années, à ramener la nature là où elle manque.
Anne-Sophie Renard dirige le Collège Sainte-Marie depuis 15 ans. Elle a partagé son regard sur ce partenariat :
« J’ai été époustouflée et très admirative quand j’ai découvert les Carnets de Céleste. Les enfants ont un énorme problème à se situer dans le temps. Et le Calendrier Panoramique permettait d’avoir une idée de l’évolution de la nature dans le temps. Ça ramène un émerveillement sur ce que c’est la nature, les animaux, le monde. Et ça change complètement le rapport de l’enfant au monde qui l’entoure. »
Elle pointe quelque chose d’essentiel : son école est une école de centre-ville. Beaucoup d’enfants vivent en appartement, sans jardin. La nature doit venir à eux.
« Je suis tombée en amour des Carnets de Céleste pour ce que ça représentait pour notre école. On doit absolument ramener la nature puisqu’on ne l’a pas à l’intérieur. On doit aller la chercher et la ramener à l’école en proposant des projets. »
« Quand un enfant travaille sur la notion du temps, sur l’espace, sur la nature — c’est un apport énorme sur les connaissances en français, en mathématiques, en sciences. La lecture c’est un rythme, c’est un temps. On n’imagine pas le potentiel que ce travail fait chez les tout-petits. Ça débloque des situations énormes, par quelque chose qui est ludique. »
La preuve silencieuse : les petits gants pleins de terre après l’atelier.
Un projet qui s’installe dans la durée
Ce qui me touche profondément dans ce partenariat, c’est la vision à long terme qu’Anne-Sophie lui donne. Le calendrier panoramique va être intégré dans le plan de pilotage de l’école — un projet sur six ans, qui commencera dès la classe d’accueil à deux ans et demi.
« Pour qu’un projet soit efficient, il est essentiel de le commencer chez les petits et de le poursuivre. Ce projet aura toute sa richesse s’il commence à deux ans et demi et se poursuit avec l’âge. C’est un cadeau de nature, de vie — et que l’enfant puisse passer du temps seul avec ce calendrier, c’est essentiel. »
L’espace de rassemblement — un moment de pause, assis sur les rondins en combinaisons d’hiver.
Une année dans le potager accompagnera les enfants de maternelle. Une année dans la forêt prendra le relais en primaire. Et chaque enfant recevra son propre exemplaire — parce que comme le dit Anne-Sophie, « un livre, c’est un cadeau personnel ».
Dans ce contexte, je me sens honorée et privilégiée. Je remercie infiniment Anne-Sophie, Justine et chaque institutrice pour leur chaleur, leur confiance et leur enthousiasme à chacune de nos rencontres.
Un écho depuis une toute petite structure
Ce partenariat avec le CSM n’est qu’un des visages de ce projet. Cécile Letangre, fondatrice du Petit Abri (classe multi-âge 3-6 ans à Kain), utilise elle aussi le Calendrier Panoramique dans son école. Son regard depuis une toute petite structure de 8 enfants fait écho à celui d’Anne-Sophie :
« Les enfants ont besoin de repères dans le temps. Le concept d’un mois, d’une semaine, d’une journée, c’est assez compliqué pour eux. Le fait de voir une petite pince qui se balade au fil des jours, je pense que ça les structure dans le temps. Et ce qui est vraiment frappant, c’est les anniversaires — ils adorent situer leur date et voir en quelle saison ils sont nés. Ce sont des points de repère pour lesquels ils sont tous très enthousiastes. »
Que ce soit avec 8 enfants ou 370, les mêmes déclics opèrent.
Lire aussi : Le Petit Abri, l’école de Cécile
Le partenariat avec le CSM en chiffres
- 370 élèves concernés (maternelles + 1ère et 2ème primaires)
- 15 classes utilisent le Calendrier Panoramique (9 maternelles + 6 primaires)
- 1 calendrier par classe aujourd’hui, 1 calendrier par enfant à la rentrée 2026-2027
- 16 interventions déjà animées en classe depuis le démarrage : 9 ateliers courts (45 min à 1h30), 1 journée complète mésanges/nichoir avec les 2èmes primaires, 6 demi-journées potager avec les 1ères maternelles
- Ateliers co-animés avec Caroline (guide nature)
- Projet intégré au plan de pilotage de l’école sur 6 ans
- Prochaine étape : rencontre avec l’équipe pour programmer les ateliers 2026-2027
Quand j’ai franchi pour la première fois les portes du Collège Sainte-Marie, je ne savais pas que cette rencontre déclencherait les bases d’un projet de six ans. Aujourd’hui, c’est toute une école de centre-ville qui se met en mouvement pour ramener la nature à ses enfants.
Ce n’est que le début.





